Saveur(s)

C... comme caresse

Toucher, effleurer, caresser. Où sont les frontières ? Equilibre tenu qui tient au moins autant à l'intention qu'au geste lui même. Il s'agit toujours de deux peaux, deux cerveaux primaires qui se contactent, qui s'apprivoisent, qui s'expriment à renfort de pression, de glisse, d'électricité.

Après 5 semaines d'immobilisation de mon bras, la pulpe de mes doigts a beaucoup perdu en précision. Je ne suis plus capable de capter les variations de température, de moiteur, de texture de peau. Mes doigts sentent une présence là, mais ne savent pas la distinguer d'une autre. C'est très frustrant, c'est un peu effrayant. C'est comme si ma main gauche devenait aveugle.

On ne vit pas sans toucher, c'est notre sens le plus vital. C'est notre peau la frontière entre le dedans et le dehors. Imaginez des doigts qui ne savent plus lire cela !

5 semaines pendant lesquelles mes doigts ont perdu leur utilité, et avec elle leur souplesse, leur mobilité, leur sensibilité. 5 semaines seulement d'inaction, c'est vertigineux.

Et pourtant les sensations reviennent au goutte à goutte, la chaleur d'abord, le reste est encore imprécis. Merveille du corps qui se répare dans une espèce d'hibernation comme si toute l'énergie devaient se concentrer sur la guérison. Plus assez d'énergie pour d'autres pans de la vie. Se concentrer sur l'essentiel... dans les limites du possible.

Rien ne sert de vouloir, c'est le corps qui décide, et lui seul. Un peu comme dans une caresse. C'est le corps qui décide du sens qu'il donne à ce qu'il reçoit. La tête agit après, embrouille après. Le corps et la peau. Ce qu'il y a de plus profond en l'homme, disait Paul Valéry, c'est sa peau.

Caresser avec des doigts morts ce n'est plus caresser, tout au plus laisser ses doigts traîner en attendant des jours meilleurs ! Caresser sans tendresse ni sensualité, est-ce encore caresser ?




14/02/2007
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