Saveur(s)

Ça ira quand même

D'abord

«La bêtise n'est jamais muette, ni aveugle. Si bien que le problème n'est plus de faire que les gens s'expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. Les forces de répression n'empêchent pas les gens de s'exprimer, elles les forcent au contraire à s'exprimer. Douceur de n'avoir rien à dire, droit de n'avoir rien à dire, puisque c'est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d'être dit.»
extrait d'un texte de Gilles Deleuze dans

Cela ira quand même par le Théâtre de la Tentative, mise en scène : Benoît Lambert
d'après des textes de Don Duyns, Raoul Vaneigem, Hervé Blutsch et Gilles Deleuze

Un mur blanc, six chaises, un frigidaire et six comédiens. À une époque "où rien n'est sûr mais où tout est fixé", des gens comme "tout le monde" n'ont plus le moral et cherchent un idéal. À tour de rôle, ils dansent, sont drôles, boudent ou font la fête, mais chacun exprime à sa façon, sa confusion et son irrémédiable incompréhension du monde. Parfois un micro offre à l'un d'eux la possibilité de s'exprimer. Comme à la télé. Faut-il encore se rebeller ? Les personnages essaient malgré tout ; parfois ils dérapent, ils s'en rendent compte, mais ce n'est pas grave. On continue, ça ira quand même. Cette expérimentation très réussie du jeune metteur en scène Benoît Lambert se veut une conclusion provisoire, farcesque et jamais désespérée, sur les aspirations de l'homme moyen au changement, dans l'ordre et la dignité. C'est aussi le regard joyeux et cruel d'un groupe d'acteurs sur les convulsions du siècle qui s'ouvre, une sorte de journal "extime" où l'on tenterait de mesurer, une fois encore, comment la politique travaille l'intimité de nos vies.


Ensuite j'aime beaucoup Erri de Luca comme écrivain, et tout autant quand il écrit un billet dans le Monde quand il écrit sur le déshonneur de la France :

Laissez-moi vous dire à quoi ressemble la politique française de ce mois d'août, laissez-moi vous le dire, et tenez-vous bien : elle ressemble à l'image de la pire Italie.



08/09/2007
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