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La musique façonne le cerveau

    " Il n'est pas rare que des oiseaux, des singes ou des animaux d'espèces différentes harmonisent leur chant en dehors de tout besoin de reproduction, de territoire ou d'agressivité. Le plaisir seul pourrait-il expliquer les répertoires variés, inventés, surprenants et totalement inutiles sauf pour l'esthétique.
    L'aptitude à chanter dépend d'une transaction entre un système nerveux qui possède une compétence et son entourage qui le transforme en performance. Un coq rendu sourd chante de la même façon que tout coq adulte (...) Un bouvreuil élevé par une autre espèce apprend à chanter comme ses parents adoptifs. Un goéland marseillais pousse un staccato triomphal quand il a réussi une bonne performance relationnelle (...) mais quand on compare son chant à celui d'un goéland anglais on constate sans peine que l'image sonore (...) montre deux architectures (...) différentes comme s'ils n'avaient pas le même accent (...) Cela prouve la plasticité du système nerveux des oiseaux façonné par les chants qui l'environnent, comme un cerveau humain est façonné par les mots et les gestes dans lesquels il baigne.
    (...)
    Le bain musical précoce (...) rend sensible à certaines musiques, et cet amour partagé unit les personnes qui ont acquis cette préférence (...) Chaque groupe identifié par l'amour de la musique invente ses rituels de rencontres sociales et sexuelles. La fonction de synchronisation des émotions par la musique joue un rôle majeur dans le tissage des liens. Le fait d'avoir chanté ensemble crée un sentiment d'intense intimité." in Boris Cyrulnik, De chair et d'âme.

    L'auteur considère qu'un homme sans langage ni musique n'est pas concevable, et en même temps la musique sans les hommes est pensable. Alors même si les gouvernements préfèrent subventionner les pêcheurs, les agriculteurs, et autres métiers plutôt que les musiciens, il n'en reste pas moins que la musique nous relie, nous tient ensemble, nous pousse et nous ouvre. Vivre ensemble dans le même bain d'ondes sonores, cela donne envie d'en prendre soin, non ?


    En écrivant cela j'ai une pensée triste pour tous les humains qui vivent dans une exposition sonore intense, pour tous ces mammifères aquatiques dont la communication (entre autres) est complètement perturbée par l'intensité des bruits que nous (civilisation ?) produisons et qui les gênent.

    Lundi matin, je me suis levée tôt, très tôt pour attraper un avion. Bien avant le lever du soleil, avant les premiers chants des oiseaux. Cela a commencé à monter tandis que je m'habillais, puis s'est amplifié tandis que je marchais pour rejoindre le taxi. La ville dormait encore et j'ai entendu des chants très délicats que je ne connaissais pas. C'était magique. J'ai goûté leur chant sans toutefois pouvoir m'attarder. Et quand je dis goûté, c'est parce que la perception ne se limite pas aux oreilles, le chant c'est une étoffe qui enveloppe le corps, comme le vent. Le chant varié et harmonieux des oiseaux m'a mis la joie au coeur, le sourire au corps comme dirait un ami, pour toute la journée.



31/05/2008
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