Saveur(s)

Le Zen selon ma fille


Une étoile brille dans la nuit



Prendre refuge.
J'aime beaucoup le billet d'Eric sur la prochaine journée de méditation qu'il propose à Paris. Il explique simplement ce que veut dire prendre refuge dans le bouddha, dans le dharma, dans la sangha.


18/05/2008
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Pour une poignée de haricots

    Hier soir au fond de mon lit, j'ai lu la très jolie histoire zen qui suit. Elle est tirée du livre humoristique de Paul Watzlawick "faites-vous même votre propre malheur" qui cite lui même Ross, Nancy Wilson, The Subjugation of a Ghost in The World of Zen, Vintage Books, New York, 1960, pages 82-83.
    Si vous voulez en savoir plus sur ce livre de Watzlawick, lisez le billet d'Olivier Beaunay.


    Sur son lit de mort, une jeune femme arrache à son mari la promesse de ne plus jamais aimer d'autre femme sinon son fantôme viendra le persécuter. Il promet.

    Les mois passent, il finit par tomber amoureux d'une femme. Peu après un fantôme féminin commence de lui apparaitre chaque nuit pour l'accuser d'avoir rompu son serment.  Le spectre non seulement connait tous les détails de sa vie mais est aussi au fait de ses pensées, des espoirs, et des sentiments les + secrets du malheureux.  La situation devenant vite intolérable, le jeune homme s'en va consulter un maitre zen et lui demander de l'aide.

    Le maitre sait qu'il serait inutile d'essayer de convaincre le jeune homme de l'inexistence des fantômes, inutile de lui expliquer que tout se passe dans sa tête, etc. Non. Il y a mieux à faire.

    "Quand le spectre reviendra, conseille-t-il, que l'homme loue son intelligence, puis, saisissant une poignée de haricots, qu'il lui  demande, puisqu'il semble tout savoir, combien de haricots se trouvent dans sa main. Si l'apparition est incapable de répondre, l'homme saura qu'elle n'était que le produit de son imagination, et ainsi, il en sera délivré.

    La nuit suivante, le fantôme apparait comme à l'accoutumée et l'homme entreprend aussitôt de le flatter.
    "C'est vrai, dit le fantôme, je sais vraiment tout - je sais même que tu es allé consulter ce moine zen."
    "Ma foi, puisque tu es si savante, lui dit l'homme, dis moi combien de haricots se trouvent dans ma main."

    Le fantôme disparut et ne reparut plus jamais...


La même en anglais pour les amateurs.

A young wife fell sick and was about to die. "I love you so much," she told her husband, "I do not want to leave you. Do not go from me to any other woman. If you do, I will return as a ghost and cause you endless trouble."

Soon the wife passed away. The husband respected her last wish for the first three months, but then he met another woman and fell in love with her. They became engaged to be married.

Immediately after the engagement a ghost appeared every night to the man, blaming him for not keeping his promise. The ghost was clever too. She told him exactly what had transpired between himself and his new sweetheart. Whenever he gave his fiancee a present, the ghost would describe it in detail. She would even repeat conversations, and it so annoyed the amn that he could not sleep. Someone advised him to take his problem to a Zen master who lived close to the village. At length, in despair, the poor man went to him for help.

"Your former wife became a ghost and knows everything you do, " commented the master. "Whatever you do or say, whatever you give your beloved, she knows. She must be a very wise ghost. Really you should admire such a ghost. The next time she appears, bargain with her. Tell her that she knows so much you can hide nothing from her, and that if she will answer you one question, you promise to break your engagement and remain single."

"What is the question I must ask her?" inquired the man.

The master replied: "Take a large handful of soy beans and ask her exactly how many beans you hold in your hand. If she cannot tell you, you will know that she is only a figment of your imagination and will trouble you no longer."

The next night, when the ghost appeared the man flattered her and told her that she knew everything.

"Indeed," replied the ghost, "and I know you went to see that Zen master today."

"And since you know so much," demanded the man, "tell me how many beans I hold in this hand!"

There was no longer any ghost to answer the question.


    Si cette histoire vous a plu, si vous avez envie de lire d'autres textes zen du même genre, allez sur le site d'Ahidakim.


19/12/2007
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21/11/2007
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Cuisine Zen

Dans le bouddhisme Zen, le cuisinier est un personnage très important du Temple parce qu'il a une responsabilité sur la santé physique de la communauté.
L'état d'esprit du cuisinier qui prépare le repas est fondamental. Cuisiner est une pratique totale, qui engage à la fois corporelle et mentale. Dans notre vie quotidienne nous en sommes parfois assez loin ! J'ai déjà mentionné "Comment cuisiner sa vie à la manière zen de Bernard Glassman" qui invite à cette pratique en langage accessible. Je vous y renvoie pour plus de détail.

Au delà de la disposition d'esprit qui nous habite, nous avons aussi la responsabilité de ce que nous achetons, de notre manière de contribuer à l'harmonie ou non dans le monde, puisque nous sommes tous interdépendants.

Pratiquement cela veut dire quoi ?
Je n'achète pas de fraise d'Andalousie qui ont poussé sous des bâches plastiques, inondées de pesticides et récoltées par de pauvres hères aux limites de l'esclavage.
Je n'achète pas de perche du Nil (cf le cauchermar de Darwin), de poulet de batterie, de tomates hors sol ; de manière générale je n'achète pas de produits hors saison.
J'ai plaisir à acheter, chaque fois que c'est possible - vive les marchés - au producteur qui connait son sol, ses produits et ses saisons ; à acheter à l'éleveur qui a fait naitre et grandir ses bêtes et qui en parle avec fierté.

Oui je sais, c'est une goutte d'eau dans un océan, mais nous sommes chacun une de ces gouttes... Il ne tient qu'à nous de les transformer en océan de sagesse ;-)

10/06/2007
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Chacun sa voie - 290407

Ce soir je lisais le très beau billet de Serge, Apprendre à aimer, sur le site de Daishin. J'ai été frappée par l'histoire qu'il raconte sur le Bouddha qu'on insulte. Intriguée je suis partie sur le net à la recherche de l'histoire "originale" (avidité en toute bonne conscience, Senseï, vous avez raison !), je ne sais si je l'ai trouvée mais je vous livre celle qui me parle (elle figure parfois aussi avec les traits d'un maitre samouraï au lieu de Bouddha) :

Cadeau d'insultes

Un jour, le religieux Akkosa Bháradvája se fâche contre Bouddha, parce que beaucoup de religieux de son clan choisissent de rejoindre la communauté des moines. Furieux, il crie de violentes insultes à Bouddha, qui les subit patiemment, avant de lui demander :
  • « Supposons que des amis vous rendent visite et qu'ils repartent sans avoir accepté la nourriture que vous leur avez offerte. Que se passe-t-il avec la nourriture laissée ?
  • De toute évidence, cette nourriture me reviendrait ! Ce que les autres ne veulent pas, je le garde naturellement pour moi !
  • Je n'accepte pas vos grossières insultes. Donc, puisqu'elles vous reviennent, vous pouvez les garder pour vous. »

Ensuite, Bouddha délivre un sermon qui explique comment vaincre la colère.

Face à quelqu'un d'irrationnel ou d'agressif, nous pouvons toujours refuser le « cadeau ». Laissons la colère à celui qui est en colère, ne la prenons pas personnellement. La vie sera plus légère...


Et en ces moments de passion électorale, je vous livre aussi cette autre histoire là que j'aime beaucoup.

La certitude et le doute...
Un matin, le Bouddha était en compagnie de ses disciples quand un homme s'approcha.
  • Dieu existe-t-il ? demanda-t-il.
  • Il existe, répondit le Bouddha.
Après le déjeuner, un autre homme s'approcha.
  • Dieu existe-t-il ? demanda-t-il.
  • Non, il n'existe pas, répondit le Bouddha.
A la fin de l'après-midi, un troisième homme posa la même question.
  • Dieu existe-t-il ?
  • C'est à toi de décider, répondit le Bouddha.
Dès que l'homme fut parti, un disciple s'exclama, révolté :
  • Maître, c'est absurde ! Pourquoi donnez-vous des réponses différentes à la même question ?
  • Parce que ce sont des personnes différentes, chacune parviendra à Dieu par sa propre voie.
    Le premier me croira.
    Le second fera tout ce qu'il peut pour prouver que j'ai tort.
    Le troisième ne croira qu'à ce qu'il choisira lui-même.

29/04/2007
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Mon premier zazen

    Etait-ce l'hiver 2005 ou le printemps 2006, je ne me souviens plus. C'était un jour de soleil et d'air frais. Je suis arrivée en avance le coeur battant. Mélange d'excitation et d'anxiété. Qu'est ce que cela pouvait bien être de faire zazen ?

    La porte du zendo m'a semblé misérable. J'avais imaginé un lieu très propre, très net, dehors comme dedans. Dedans oui, dehors c'était à l'image du quartier, un peu délabré en apparence. Il faisait froid dans le zendo malgré les efforts du vieux radiateur de tiédir l'air. Pas grave, nous avions prévu grosses chaussettes et pull sombre. Je me suis glissée dans un samue indigo et je me suis installée sur un zafu noir bien dodu. La position confortable n'est pas venue tout de suite. J'avais bien du mal à reposer sur mes genoux. Comme si mon corps ne voulait reposer que sur les fesses et pas sur le trépied fesse-genoux.
    Deux petits tintements de cloche et c'était parti pour 45 minutes de silence dans l'inconnu. 45 minutes de vacarme dans ma tête en fait. Patiemment à chaque fois que je me rendais compte que j'avais arrêté de compter mes expirs, ou que j'étais partie batifoler avec une idée, rebondissant d'une idée à l'autre comme une truite dans un rivière de montagne, je revenais à mon ventre, à ma respiration. Et curieusement ce n'était pas si difficile. Bien sûr je me suis gourmandée, jugée culpabilisée... en moins de 20 minutes je crois que mon critique intérieur s'était déchainé, mais quelque chose de ténu et de simple ne fléchissait pas, je revenais à mon ventre inlassablement.
    Un flux de chaleur et d'énergie a commencé à circuler d'une main à l'autre. Je ne sentais pas où cela passait d'autre, mais je sentais très bien le flux entre les deux mains. Le blanc immaculé du mur devant moi s'est teinté de mille reflets. Et c'est devenu très difficile. Difficile de laisser les images venir sans les scruter, difficile de se laisser traverser par les cris d'enfant dans la cour sans les écouter, difficile de sentir cette chaleur se diffuser dans mon corps sans me demander d'où elle vient. Que de distractions en 45 minutes.

    Quand la clochette a retenti je n'en pouvais plus, j'avais mal partout, j'en avais assez d'être assise, assez d'être là. Plus aucune envie de persévérer. Et pourtant, j'ai fait kin-hin qui m'a apporté un intense soulagement. Marcher ensemble au rythme de sa respiration. Dérouler chaque muscle, tendon, os pour sentir physiquement la marche était très plaisant. Cela lavait toutes les tensions, toutes les colères. 20 minutes de marche pour parcourir 10, 20 mètres peut être. A peine. Ahurissant et vivifiant.
    Je me suis rassise en doutant de ma capacité à"tenir" 45 minutes de plus. Curieusement c'était beaucoup plus facile que la première fois. La chaleur est revenue rapidement, la circulation d'énergie aussi. J'ai eu l'impression de plonger la tête la première en moi et que sur l'écran de mes paupières mi-closes une histoire se dessinait en taches de couleurs.
    Quand la clochette a tinté pour la fin, j'étais très surprise, je n'avais pas du tout eu l'impression d'être assise depuis 45 minutes. J'aurais dit 15 à 20 minutes mais pas 45. J'étais vraiment très surprise. Je ne me souviens plus des chants, ni de la lecture ni de l'échange qui a suivi. Je n'ai pas parlé. Pas envie, pas besoin. J'ai fait ma pratique en nettoyant le sol. Cela n'avait rien à avoir avec ma manière habituelle de faire la ménage. Pour autant la fée clochette en moi pouffait : "tu ne te trouves pas ridicule ? tu te lèves tôt un samedi matin pour venir t'asseoir presque 2 heures dans un froid glacial et faire le ménage après. Et tout cela en silence complet. Non mais cela va pas la tête !!!!"

    Je n'ai pas écouté Clochette, j'ai continué. Après le samu, j'ai bu un thé que j'ai trouvé délicieux, savoureux, gouteux. Mmm un régal. Je trouvais les pratiquants autour de moi touchants sans savoir dire pour quoi. Et puis j'ai quitté le samue d'emprunt, je l'ai remis sur son cintre, j'ai remercié intérieurement la personne qui me l'avait prêté, j'ai salué les autres pratiquants et je suis sortie.
   
    Dehors le ciel était d'une transparence incroyable. L'air était toujours aussi vif mais plus pur, dégagé du voile gris habituel, comme si quelqu'un avait monté la lumière. Je suis allée faire mon marché en me sentant toute légère. Je n'ai pas gaspillé de temps à tergiverser, je savais ce que je voulais, tout simplement. J'avais l'impression d'être perchée sur des amortisseurs très doux qui rendaient ma démarche élastique. En même temps, je sentais comme jamais le sol sous mes pieds, les petits cailloux, les dénivelés, les bosses de goudron, comme si j'étais pieds nus ! C'était une sensation inédite. Mon esprit était calme, le bouillon habituel de pensées s'était tu et je savourais cette quiétude.
    Je sentais l'air frais sur mon visage, je sentais distinctement les effluves des étals : odeurs de fruits et légumes du marché, mêlés de poisson et de poulet rôti. J'entendais les gens se parler, les commerçants les hêler. Mais pas dans un gloubiboulga infâme, ce n'était pas du bruit, c'était un sensible de voix. J'entendais distinctement les voix les unes des autres. Surprenant, comme si ces deux heures de zazen avaient dénoué des écheveaux emmêlés. Pur cadeau de la vie.

    La vigilance s'est relâchée, le flou et le grisâtre sont revenus doucettement, et, en quelques heures, j'ai replongé dans la vie comme avant. Oui, dans la vie comme avant, mais avec une certitude. Il existe autre chose de doux et de léger, sur un chemin difficile !
    Et je n'ai pas changé de ressenti. Le Zen reste pour moi doux, léger et difficile. Indissociablement !

10/03/2007
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J'ai deux koans à vous dire

Eric Rommeluere a 46 ans, vit à Paris où il enseigne le zen. Il a fait un blog zen fort plaisant à lire et parcourir. Il vient de publier (le 11 janvier 2007) aux Editions du Seuil un beau livre intitulé "Les bouddhas naissent dans le feu".

"Quoi qu'en disent certains magazines, le zen n'est ni une méthode de bien-être ni une technique de relaxation. Il s'agit d'une voie, au sens le plus noble du terme, où l'on explore avec audace sa propre identité. Loin de vous proposer un exercice de délassement, le zen scie plutôt, un et un, les pieds de la chaise sur laquelle vous êtes plus ou moins confortablement installé : les faux-semblants, les apparences, les compromis que l'on fait sans cesse avec soi-même. Si cette voie d'éveil offre de grandes richesses, elle requiert une réelle intrépidité. Oser est le maître-mot du zen. Nos peurs nous retiennent d'oser. En même temps ce sont nos peurs qui nous posent problème. Et nous savons bien comme le pas décisif est là : savoir oser."

la suite sur son site....


16/02/2007
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