Saveur(s)

Beauté du jour

    J'ai pris le train tôt ce matin pour l'ouest, le ciel était chargé, très chargé et gris. Le soleil avait bien du mal à glisser ses doigts pour nous caresser le visage. Le ciel était d'humeur fermée, en fait je crois qu'il était triste parce que deux heures plus tard, un peu avant Nantes, il s'est laissé aller à pleurer. Les larmes ont coulé silencieusement, intensément, pour chasser les épines d'acacia qui le blessaient.
    Dans le grand océan de gris, une trouée plus claire et de la lumière blanche qui se déverse en cascade sur un champs d'éoliennes, et dans le lointain, des pylônes électriques qui brillent de leur acier flambant. Image de BD, image de désolation, image de fin du monde. Pas âme qui vive sauf les bruits humains du TGV qui glisse vers Pornic.

    Tour à coup, au creux d'un champs de chaume le soleil souligne la beauté du Monde. Dans tout ce camaïeu de gris, de blancs, il a écarté les côtes figées du ciel pour laisser quelques rayons embraser la paille. Seule tache de couleur de ce tableau noir et blanc.  Et au milieu de ce rideau d'or, deux renards brillaient aussi fort que le soleil, nez au vent. Et j'entends dans ma tête une musique familière : si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde, je serai pour toi unique au monde... Deux renards qui brillaient et dansaient au matin levant, comme ces deux fouines ou martres, je ne saurai jamais, que j'ai croisées jeudi dernier en Aveyron.


    Alors j'ai plongé le nez dans le livre que j'avais emporté aucasou, que j'avais acheté la veille, ravie qu'il soit enfin sorti en poche. J'ai devancé le ciel pour les larmes. L'écriture de Giraudeau est parfois trop précieuse à mon goût, mais qu'est ce qu'il écrit bien sur le désir des hommes. Quelles fulgurances m'ont transportées bien plus loin que nul train ne le pourra jamais, des images m'ont envahies avec une douceur, et parfois une terrible nostalgie venue de je ne sais où. C'est l'histoire d'un homme, écrite avec une très belle sensibilité, d'une homme qui filme tout avec une boulimie incompréhensible (...) avec l'intention sourde de fixer l'impossible et qui finit par comprendre, après bien des errances, l'inutilité de sa frénésie, sur quelles routes illusoires il avait si longtemps marché- in Les dames de nage de Bernard Giraudeau.

"Nous écrivons à l'enfant que nous sommes,
qui crie dans le noir, à qui personne ne répond
"
dit son ami Michel - ami perdu en lui-même et que le vent a tué.


Si vous avez envie d'en écouter des extraits, c'est par là... ou de  lire le premier chapitre, c'est là.


13/08/2008
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