Saveur(s)

Agir ou s'agiter



    Dans son palais, un prince passait de très mauvaises nuits. Une petite souris venait effrontément perturber son sommeil. Elle était si maligne que tous les pièges, toutes le trappes, tous les moyens utilisés pour tenter de la capturer s'avérèrent inefficaces. Le prince était furieux, et, moins il dormait, plus il était furieux. Timidement, un conseiller proposa de laisser un chat, jour et nuit, dans les appartements de son altesse. Faute de mieux la proposition fut acceptée.

    Le premier chat autorisé à faire la garde n'était pas n'importe quel chat. De pure race, le poil magnifique, musclé à la perfection, d'une extrême vivacité. Il bondissait d'une pièce à l'autre et sautait sur les rebords de fenêtres pour un oui, pour un non. La souris attendait qu'il tombe épuisé de fatigue pour se balader en chicotant. Un matin, le prince prit le chat par la peau du cou et le jeta dans le bassin du jardin...

    Le deuxième chat avait été choisi parmi les chats les plus rusés de la région. Des tests avaient permis une sélection rigoureuse. Le plus performant - son QI de chat atteignait des sommets - fut introduit chez le prince avec la certitude d'être nourri de la meilleure pitance. Flairant les moindres recoins, tendant l'oreille au moindre bruit, il se montrait d'un zèle si parfait que la souris, méfiante, ne trottait plus que sous le plancher. Un matin, le prince saisit le chat par la queue et, sans la moindre hésitation, l'embrocha sur son épée.

    Le troisième chat fut proposé par un moine. Le manque de sommeil avait rendu le prince si pitoyable qu'il ne protesta même pas quand il découvrit que le vulgaire chat de gouttière venait tout droit d'un monastère de la vallée. C'était un énorme Raminagrobis qui, très lentement, prit place sur un coussin moelleux. Les yeux mi-clos, pas un poil ne bougeait de la masse sombre qui se fondait dans le paysage de la pièce. La petite souris grise oublia au bout de quelques jours la présence de ce gros ballot. Elle s'enhardit et prit ses habitudes nocturnes. Un matin, sans quitter son coussin, d'un seul coup de  patte, le maitre chat l'assomma.
    extrait d'un article de Jacques Dufrene dans Actualité des religions, mars 1999


    J'aime beaucoup ce conte qu'un ami m'a envoyé il y a bien longtemps pour m'expliquer sa manière de voir la vie et le monde.




01/06/2008
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